- Henning Mankell, Une main encombrante, traduit du suédois par Anna Gibson, Seuil, 2014
- Tony Papin, Attention, Memyself, 2018
- Tony Papin, L'ordre du mérite, Memyself, 2017
1- Un roman policier, nouvelle expansée, et une postface éclairante sur le travail d'Henning Mankell par rapport à son héros (Wallander, que je rapproche de Maigret), et dans la construction des livres, toujours en prise aux événements contemporains de leur écriture.
2- Deux livres d'images. J'aime les photographies de Tony Papin, depuis longtemps, dans leur dépouillement, leur prosaïsme. je le suis de manière un peu épisodique, à travers son site, et plus récemment, sa newsletter. C'est une chose. Je découvre depuis un couple d'année la photographie. C'est autre chose. Ce qui me marque ici, c'est le halo, qui se dégage de chaque photographie, un regard qui s'attache , dans le prosaïque des objets quelconques, à faire de ce rien une luminosité particulière. Un halo, disais-je, une couronne de lumière qui entoure souvent l'objet, l'excède et le recntre, et c'est très beau, un regard sur le flou et le net, quelque chose qui me renvoie à la naissance de la photographie, ou de mon regard. Pay attention.
vendredi 13 mars 2020
samedi 22 février 2020
Degrés (114 sur 365) -Théâtre typographique
En 2017, j'ai écrit un texte par jour, adoptant toujours la même forme, avec des contraintes, le plus souvent grammaticales, mais légères, variées. Une sorte de journal, si l'on veut, mais dont chaque unité est décontextualisée et ne se rapporte, finalement à rien de très datable (avec le recul, je me rends compte que j'ai oublié beaucoup de choses - chaque poème fonctionne ne circuit fermé, si l'on veut, sans attache claire -l'ensemble des derniers vers, m'a-t-on fait remarquer au départ, pourrait faire une texte en lui-même, contrainte que j'ai suivie par la suite). Bénédicte Vilgrain en a fait un choix, sous une forme inspirée par le Yi king, selon ses propres contraintes (prosodiques). Je suis heureux et très fier que ce beau petit livre, un chapbook, soit publié au Théâtre typographique, avec une image d'Olivier Parault, dans la collection "intraduction".
vendredi 21 février 2020
Livres lus ou relus (terminés entre le 14 et le 20/02)
- Sébastien
Smirou, Pierre Sky l’enchanté, Marest, 2019
- Alexandre
Pouchkine, Eugène Onéguine, édition de Jean-Louis Backès, Gallimard,
1996
- Bruno Delarue,
Monet, cathédrales, Terre en vue, 2010
- Jacques
Roubaud / Jean-Pierre Gilson, Scotland, Créaphis, 2019 (réédition
amoindrie de 1991)
- Jean Rolin, Savannah,
POL, 2015
- Anne Immelé /
Jean-Luc Nancy, Wir, Filigranes, 2003
- Bernard Plossu
/ Bernard Noël, Lire / écrire, Yellow Now, 2019
- Jean Rolin, Ormuz,
POL, 2013
- Jean Rolin, Les
événements, POL, 2015
- Francis Ponge,
Nioque de l’avant-printemps, Gallimard, 1983
- Elizabeth
Floch, Neiges pour mémoire, Contrejour, 1991
- Roland
Barthes, Journal de deuil, Seuil/ Imec, 2009
1- Voyages
ferroviaires et lecture.
2- Le livre de
Smirou forme avec le livre de Pierre Sky (Chant-contre-chant, chez le
même éditeur), un couple inséparable, comme les deux faces d’une médaille, dont
le revers serait changeant, moiré. Il y a d’une part un essai cinématographique
très probant de Pierre Sky sur la notion de chant-contre-chant dans le cinéma
de Nanni Moretti, et d’autre part, un essai du psychanalyste Sébastien Smirou,
sur ce même Pierre Sky, qui fut un temps son patient avant de disparaître.
Récit de cas, donc, ou récit biographique. Essai ou récit, les frontières se
brouillent et le livre même de Pierre Sky vient s’inclure dans le récit que
font les deux livres (comme des poupées Russes, l’un s’incluant dans l’autre,
mais ayant sa propre existence extérieure aussi). L’auteur Sébastien Smirou
chapeaute le tout, tire les ficelles de la fiction, travaillant sur l’idée du
double (thème récurrent dans son œuvre, comme le signalait Sébastien Rongier
dans un entretien organisé à la Maison de la Poésie, qui fut le lieu du
dévoilement) du dédoublement, ajoutant brouillage au brouillage. Récit ou
essai : on retrouve là le travail d’investigation entamé par Smirou dans
son essai sur Cappa, ou l’essai joue de ses frontières avec la fiction, le
désir d’analyse, qui permet des regards différents mais croisés, puisqu’il
s’agit de donner à voir, de fabriquer du sens, probable et probant. Biographie
ou roman, essai ou roman : chacun des deux livres peut se lire comme un
essai et se suffit amplement, mais la dimension romanesque déploie encore le
champ, multiplie les jeux de miroirs (et du coup de cet autre miroir dans la
construction romanesque : une part d’autobiographie peut-être, dans
l’auto-analyse, le rapport à la parole, le double alter ego, mais dans une
anamorphose singulière ? Un drôle de théâtre se joue entre ces deux livres
(car il ya bien une théâtralisation, une mise en perspective, qui fait jouer
les livres, les personnages, sur une scène où se tiennent des êtres de chair et
de papier), qui multiplie les interrogations. Et le livre qui se joue entre les
deux, non écrit, celui du lecteur, est une merveille de mécanique, qu’il faudra
revisiter encore.
3- Onéguine
à nouveau, dans une autre traduction, dont l’auteur admet l’insuffisance à
rendre la langue « limpide » de Pouchkine (29). Ce qui répond à une
de mes questions, puisque je ne parle pas Russe, sur la façon dont serait perçu
le texte original. Maintenant, lire une troisième traduction, et l’absence de
lassitude à une autre lecture m’étonne. Je n’ai pas d’autre souvenir de m’être
accroché à plusieurs traductions ainsi, mis à part peut-être pour Pétrarque.
Une lecture en variations. J’aimerais trouver une traduction en prose, pour
voir. A poursuivre.
4- Variations
qui me fascinent dans la peinture de Monet (et j’apprends : les peupliers,
les meules de foin – chercher), que je découvre seulement maintenant, du moins
dans un vrai rapport frontal – depuis disons à peu près un an, un tour à
Giverny et puis récemment la lecture d’un livre de Marianne Alphant.
5- Dans ce système
d’échos, Scotland renvoie à d’autres livres de Roubaud (le Gil, la
poésie, les aventures de Mr. Goodman…), aux ciels anglais et autre
« châteaux de nuages ». Motifs et sens de la profondeur que l’on
retrouve dans les magnifiques photographies de Jean-Pierre Gilson, dont la
construction précise, est reprise par Roubaud, bien qu’on puisse soupçonner un
effet inverse, bien qu’il soit impossible. Les ekphrasis fonctionnent ici aussi
en double, en variations. Mais sans doute est-ce un effet de lectures multiples.
6- Trois livres
de Jean Rolin et trois rapports à la fiction : de l’autobiographique Savannah,
qui double un premier voyage avec Kate Barry, sur les traces des souvenirs,
pudiquement et sans s’appesantir à la fiction complète, post-apocalyptique, de Les
événements, avec le statut un peu entre-deux d’Ormuz. Rolin a
rejoint les quelques auteurs dont j’ai bien avoir un livre en réserve, au cas
où (comme Chevillard, Echenoz…), et que je lis avidement, happé dans le récit,
la plupart du temps. Il y a quelque chose de très similaire dans les trois
livres : un rapport aux lieux, au descriptif en action, où chaque endroit
se rapporte à l’œil qui le voit, avec un exotisme de regard, ou bien un regard
qui donne l’impression d’une familiarité : « uniformité qui développe chez moi le
sentiment de n’être nulle part, ou d’être n’importe où. » (Ormuz -
101). Le monde est « un théâtre de dimensions prodigieuses » (ibid. -
187), ce qui lui confère aussi des dimensions réduites, celle de la tête, de l’œil,
où se reflètent les personnages et les décors de cet espace théâtralisé.
7- Trois livres
d’images, dont deux de type anthologiques thématiques (la lecture, par Plossu,
et la neige par divers photographes, regroupés par Floch – j’aime et je n’aime
pas les anthologie, pourtant les vertus apéritives, les systèmes de renvois, de
lecture seconde) et le troisième dont je perçois chaque cliché comme au bord de
l’effondrement, un instant dramatisé sans que pourtant rien ne puisse m’y faire
penser, puis je lis dans la post face de Jean-Luc Nancy : « la menace
et la chance que les êtres, les étants viennent à s’effriter dans cette
granulation impondérable et se décomposent en ne pulvérisation dont la lumière
elle-même constitue le brouillard au lieu d’allumer les rayons qui le
dissiperaient. » (60)
8- Ponge et la
fabrique. Montrer le texte en fabrication, ce qui donne le texte, ses
variations, ses miroitements. Une relecture, qui en entrainera d’autres (Et de La
Fabrique du pré, aussi, je pense). Quelque chose qui nourrit.
9- Très vite, à
la lecture du Journal de deuil, et en pensant à Incidents du même
auteur, me vient l’expression Journal en miettes (Ionesco, après
vérification). Fragmentation et travaux en cours (Ponge, encore), et
évidemment, en mémoire, Le Tombeau d’Anatole, bien qu’ici il s’agisse
plutôt de Proust. « Au début, chose bizarre, j’avais une sorte d’intérêt à
explorer la situation nouvelle (solitude). » (95), il ya en effet un
rapport presque naïf, neuf, au rapport au deuil, qui confine à l’analyse de ce
qui est éprouvé (sans doute en faire un écran, aussi ?), en faire un
faisceau de signes, à domestiquer : « Je cherche ma place. »
(188).
vendredi 14 février 2020
Livres lus ou relus (terminés entre le 9/8/19 et le 13/2/20)
- J.H.Lartigue, Watersides,
Bookking international, 1990
- Jacques
Roubaud, ‘le grand incendie de Londres’, Seuil, 2009 (La destruction,
La boucle, Mathématique :, Impératif catégorique, Poésie :,
La bibliothèque de Warburg)
- Jacques
Roubaud, La dissolution, Nous, 2008
- Jean Rolin, Le ravissement de Britney Spears, POL, 2011
- Jean Rolin, Le ravissement de Britney Spears, POL, 2011
- Sir Arthur
Connan Doyle, Ecrit dans le sang, traduit de l’anglais par Beatrice
Vierne, Anatolia, 2009
- Cormac Mc Carthy, La Route, traduit de l'anglais par François Hirsch, L'Olivier, 2008
- Cormac Mc Carthy, La Route, traduit de l'anglais par François Hirsch, L'Olivier, 2008
- P.N.A.
Handschin, L’Eclipse, mix, 2007
- Hans Fallada, Seul
dans Berlin, traduit de l’allemand par A. Virelle et A. Vandevoorde,
denoël, 1967
- George Oppen, 21
Poems, New Directions, 2017
- Bernard Noël, Le
Château de Cène, suivi de L’Outrage aux mots, Jean-Jacques Pauvert éditeur,
1975
- Luc Bénazet, Rainal !,
Eric Pesty Editeur, 2019
- Ryoko
Sekiguchi, Sugio Yamagachi, Valentin Devos, Le nuage, dix façons de le
préparer, Editions de l’épure, 2019
- Sébastien
Chambru, Le cèpe, dix façons de le préparer, Editions de l’épure, 2003
- Marivaux, La
dispute, Librio, 2012
- Voltaire, L’ingénu,
Livre de poche, 1972
- Jean-Christophe
Grangé, La dernière chasse, Albin Michel, 2019
- Andrew
Zawacki, Sonnetssonnants, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne
Portugal, Joca Seria, 2019
- Maurice
Carême, Images perdues, chez l’auteur, 1954
- Cole Swensen, And
Hand, a+bend press, 2000
- Pierre
Corneille (monsieur de Cantenac, en fait), L’occasion perdue et recouverte,
Le veilleur de Proue, 2005
- Maurice
Déribéré, Images étranges de la nature, Editions de Varenne, 1951
- Olivier Truc, Le
détroit du loup, Métailié, 2014
- Jean Rolin, Le
Traquet kurde, POL, 2018
- Pierre Sky, Chant-contre-chant,
Marest, 2019
- Marina
Tsvetaeva, Le poète et le temps, traduit du russe par Véronique Lossky,
Le temps qu’il fait, 1989
- Pierre-jean
Amar, L’ABCdaire de la photographie, Flammarion, 2003
- Pierre
Bourgeade, Les serpents, Gallimard, 1983
- Pascal Poyet, Un
futur, L’ours blanc, 2019
- Marianne Alphant,
Cathédrale(s) de Claude Monet, Editions point de vues, 2010
- Damien
Sausset, L’ABCdaire de Van Eyck, Flammarion, 2002
- Francis Ponge,
Le grand Recueil, Lyres, Gallimard, 1961
- Leo Perutz, Le
maître du jugement dernier, traduit de l’allemand par Jean-Claude Capèle,
Fayard, 1989
- Ragnar
Jonasson, Snjor, traduit de la version anglaise d’après l’islandais par
Philipee Reilly, La Martinière, 2016
- Hans Magnus
Enzensberger, Chicago-Ballade, traduit de l’allemand par Lily Jumel,
Allia, 2009
- Rémi
Bouthonnier, Lire serait voir l’intérieur du déplacement, Eric Pesty
Editeur, 2019
- J.H. Prynne, Poèmes
de cuisine, traduit de l’anglais par Bernard Dubourg et l’auteur, 2019
- Eberhard
König, Manuscrits à peinture XIIIème-XVème siècle, Direction du Livre et
de la lecture, 1992
- Marc-Antoine
Decavèle, Pour Malévitch, Peintures, La Galerie Valérie Eymeric, 2019
- Alain Dodier, Contrefaçons,
Dupuis, 2019
- Jean Rolin, Crac,
POL, 2019
- Arnaldur
Indridasson, Les fils de la poussière, traduit de l’islandais par Eric
Boury, Métailié, 2018
- Franck
Thilliez, [Angor], Fleuve noir, 2014
- Franck
Thilliez, Rêver, Fleuve noir, 2016
- Antoine Léon, Histoire
de l’enseignement en France, PUF, 1972
- Denis Roche, La
disparition des Lucioles, Seuil, 2016 (réédition)
- Alexandre
Pouchkine, Eugène Oniéguine, Seuil, traduit du russe par Nata Minor,
1990, 1998
1- Une liste en
retard, peu fournie, avec sans doute quelques manques, où le pire (avec
délectation, comme on se fait de la junk food) côtoie le meilleur sans
ordre chronologique.
2- La lecture de
Roubaud, ce vaste labyrinthe de mémoire, qui donne envie d’être relu (marquer
une lecture complète – mais j’avais déjà pris et repris certains volumes). Le
prolongement, par rejets, ailleurs.
3- Eugène
Onéguine, qui me fascine vraiment, déjà acheté une autre traduction, ce
matin.
4- Deux bornes.
Il pourrait y en avoir d’autres (et « Les bons livres ont besoin des
mauvais livres pour exister », Me disait C., en gros).
5- Le travail,
la fatigue, le manque d’entrain parfois. Et pas un seul livre de travail noté - alors qu'il y en a - des relectures essentiellement. Le temps du livre qui n’est pas là,
malgré l’envie souvent devant l’étal du libraire. je suis effrayé à rebours par ces périodes de vide.
6- Reprendre
avec régularité ( ?)
lundi 12 août 2019
Livres lus ou relus (terminés entre le 2 et le 8/8)
- Heinrich von
Kleist, L’élaboration de la pensée par le discours, traduit de
l’allemand par Jacques Decour, Allia, 2016
- Agatha
Christie, The big four, Berkley Books, 1984 (1927)
- Heinrich von
Kleist, Sur le théâtre de marionnettes, traduit de l’allemand par
Jacques Outin, Mille et une nuits, 1993
1- Bref texte,
cher à Louis-René des Forêts (me dit-on – et je me rends compte que je n’ai pas
lu Voies et détours de la fiction), qui défend l’élaboration de la
pensée (le concept, l’idée, …) par le discours, ou plutôt, par la conversation,
le dialogue, l’échange, qui ne propose donc pas l’idée d’un concept figé, mais
celle d’une pensée dynamique, en mouvement, en mutation constante. « Ce
n’est pas en effet nous qui savons, mais un certain état de nous-mêmes. »
(36-37) CQFD avec le dialogue sur les marionnettes, ou plutôt sur la grâce et
l’innocence, dans le mouvement (et en perspective, quelque chose sur la danse).
2- Enquête
d’Hercule Poirot, trouvée dans une boîte (par coïncidence, je m’étais trouvé
face à ce titre deux jours avant, d’où la lecture, qui tient parfois à peu de
choses) : le retardement est construit sous formes de petits chapitres
presque autonomes, par rapport à l’enquête initiale, si ce n’est par leur
dénouement – quasi-nouvelles. Une organisation souterraine, et des petites
cellules grises, typiques du roman de détection – pas l’un des meilleurs,
mais la dextérité d’Agatha Christie dans les variations sur la forme. Le Français, amusant, de Poirot (avec des
erreurs), pour donner dans le réalisme. Ma foi, mon ami !
mardi 6 août 2019
Livres lus ou relus (terminés du 26/7 au 1/8)
- Emmanuel Bacquet, L'intrigue du monde, Les éditions d'Aldébaran, 2001
- Alberto Manguel, Chez Borges, traduit de l'anglais par Christine Le Boeuf, Babel, 2003
- Leslie Kaplan, Désordre, POL, 2019
-Jorge Luis Borges, Le rapport de Brodie, traduit de l'espagnol par Françoise-marie Rosset, Gallimard, 1972
- Denis Roche, Le boîtier de mélancolie, Hazan, 1999
- Jorge Luis Borges, Fictions, récits traduits de l'espagnol par P. Verdevoye et N. Ibarra, Gallimard, 1957
- Jean Paulhan, Les causes célèbres, Gallimard, 1950, 1982 pour la préface d'Yvon Belaval
1- Un récit & des photographies: une fuite un peu adolescente, à la deuxième personne, introspective - autobiographie ou fiction. Les photographies noir et blanc, qui jouent sur le grain, le flou, la netteté des enchevêtrements - sous-bois, fougères, très beaux.
2- Alberto Manguel a été lecteur pour Borges, récit et portrait au passé et des passages italiques au présent de narration: deux modes de raconter. Un portrait admiratif, sans doute, mais pas hagiographique: les paradoxes de l'homme, aussi, et qui donne envie de se replonger dans Borges.
3- Une fable ou un conte, le bref récit de Leslie Kaplan, en prise avec l'actualité, dans un mode étrange, qui allie le carnavalesque (des crimes, commis de façon individuelle, dans un désordre collectif, avec une frénésie assez drôle, critique aussi) et le rapport au collectif, dans une optique plutôt marxiste (la lutte des classes, ou en tous cas, le retour à une notion de classe - dans l'opposition de deux camps - et une sévérité avec le concept flou qui se prétend analytique, dans le domaine médiatique, la réaction politico-économique). La fin ouverte, à réfléchir (miroir).
4- Je n'avais pas lu Le rapport de Brodie, qui m'a d'abord un peu déçu, les horizons d'attente, et puis la lecture de Fictions m'en a, par contrecoup, donné une impression de grande finesse des motifs, qui se renvoie et se relient les uns aux autres (souvent des affaires meurtrières, en Amérique du Sud, des affaires de doubles, qui flirtent avec le fantastique, jouent avec l'image réaliste et décèlent une force souterraine: "Le sommeil, on le sait, est le plus secret de nos actes. Nous lui réservons le tiers de notre vie et nous ne le comprenons pas. Pour certains, ce n'est qu'une éclipse de notre veille; pour d'autres, un état plus complexe, qui englobe à la fois le passé, le présent et l'avenir ; pour d'autres encore, ce n'est qu'une suite ininterrompue de rêves." - 81, "L'aïeule", un récit sans doute cardinal). Je me souvenais assez mal de Fictions, "La bibliothèque de Babel", son labyrinthe infini, la méditation sur le livre et la clé. Retour sur Funes, après les deux livres d'Eduardo Berti. Et la fascination de ces récits qui gagne, et comme dans Brodie, l'impression de motifs qui reviennent, souterrainement, des personnages, des auteurs, des livres, un soutènement mystérieux. Il faudrait relire (et la préface de Nestor Ibarra, éclairante).
5- Je perçois la photographie, encore très naïf, comme quelque chose de naissant, une révélation, lente (et laborieuse pour moi - "Or il est presque impossible aujourd'hui de faire le chemin inverse et de retrouver cette innocence première." - 40). Denis Roche avait choisi 100 photographies, et le livre fonctionne de manière chronologique comme un livre d'histoire (Nièpce, Daguerre, Talbot...), et aussi le livre d'un regardeur (des photographies anonymes, appartenant à la collection de Roche, ou à son histoire familiale). Les textes guident l'oeil, souvent, très finement, ou apportent une distance, qui se révèle être proximité, un travail du regard qui se fait dans l'aller-retour (les textes sont "en regard" des photographies). "Comment faire un instantané d'un présent qui s'attarde, quand on sait qu'il s'agit à la fois de le retenir et de le tuer en beauté?" (176).
6- Récits ou poèmes en prose (je songe à Ponge, dans la dextérité), un petit livre étrange, qui fascine, force l'admiration, où l'on se laisse porter, sans forcément saisir, on suit un fil. Belle préface de Belaval (sur la contrainte à l’œuvre, notamment) "Telle était la difficulté que je portais tour à tour au divers étages du rêve, la remontant quand je l'avais descendue, la descendant quand je l'avais montée, et chaque fois parcourant de bout en bout mon petit domaine d'angoisse." (55)
- Alberto Manguel, Chez Borges, traduit de l'anglais par Christine Le Boeuf, Babel, 2003
- Leslie Kaplan, Désordre, POL, 2019
-Jorge Luis Borges, Le rapport de Brodie, traduit de l'espagnol par Françoise-marie Rosset, Gallimard, 1972
- Denis Roche, Le boîtier de mélancolie, Hazan, 1999
- Jorge Luis Borges, Fictions, récits traduits de l'espagnol par P. Verdevoye et N. Ibarra, Gallimard, 1957
- Jean Paulhan, Les causes célèbres, Gallimard, 1950, 1982 pour la préface d'Yvon Belaval
1- Un récit & des photographies: une fuite un peu adolescente, à la deuxième personne, introspective - autobiographie ou fiction. Les photographies noir et blanc, qui jouent sur le grain, le flou, la netteté des enchevêtrements - sous-bois, fougères, très beaux.
2- Alberto Manguel a été lecteur pour Borges, récit et portrait au passé et des passages italiques au présent de narration: deux modes de raconter. Un portrait admiratif, sans doute, mais pas hagiographique: les paradoxes de l'homme, aussi, et qui donne envie de se replonger dans Borges.
3- Une fable ou un conte, le bref récit de Leslie Kaplan, en prise avec l'actualité, dans un mode étrange, qui allie le carnavalesque (des crimes, commis de façon individuelle, dans un désordre collectif, avec une frénésie assez drôle, critique aussi) et le rapport au collectif, dans une optique plutôt marxiste (la lutte des classes, ou en tous cas, le retour à une notion de classe - dans l'opposition de deux camps - et une sévérité avec le concept flou qui se prétend analytique, dans le domaine médiatique, la réaction politico-économique). La fin ouverte, à réfléchir (miroir).
4- Je n'avais pas lu Le rapport de Brodie, qui m'a d'abord un peu déçu, les horizons d'attente, et puis la lecture de Fictions m'en a, par contrecoup, donné une impression de grande finesse des motifs, qui se renvoie et se relient les uns aux autres (souvent des affaires meurtrières, en Amérique du Sud, des affaires de doubles, qui flirtent avec le fantastique, jouent avec l'image réaliste et décèlent une force souterraine: "Le sommeil, on le sait, est le plus secret de nos actes. Nous lui réservons le tiers de notre vie et nous ne le comprenons pas. Pour certains, ce n'est qu'une éclipse de notre veille; pour d'autres, un état plus complexe, qui englobe à la fois le passé, le présent et l'avenir ; pour d'autres encore, ce n'est qu'une suite ininterrompue de rêves." - 81, "L'aïeule", un récit sans doute cardinal). Je me souvenais assez mal de Fictions, "La bibliothèque de Babel", son labyrinthe infini, la méditation sur le livre et la clé. Retour sur Funes, après les deux livres d'Eduardo Berti. Et la fascination de ces récits qui gagne, et comme dans Brodie, l'impression de motifs qui reviennent, souterrainement, des personnages, des auteurs, des livres, un soutènement mystérieux. Il faudrait relire (et la préface de Nestor Ibarra, éclairante).
5- Je perçois la photographie, encore très naïf, comme quelque chose de naissant, une révélation, lente (et laborieuse pour moi - "Or il est presque impossible aujourd'hui de faire le chemin inverse et de retrouver cette innocence première." - 40). Denis Roche avait choisi 100 photographies, et le livre fonctionne de manière chronologique comme un livre d'histoire (Nièpce, Daguerre, Talbot...), et aussi le livre d'un regardeur (des photographies anonymes, appartenant à la collection de Roche, ou à son histoire familiale). Les textes guident l'oeil, souvent, très finement, ou apportent une distance, qui se révèle être proximité, un travail du regard qui se fait dans l'aller-retour (les textes sont "en regard" des photographies). "Comment faire un instantané d'un présent qui s'attarde, quand on sait qu'il s'agit à la fois de le retenir et de le tuer en beauté?" (176).
6- Récits ou poèmes en prose (je songe à Ponge, dans la dextérité), un petit livre étrange, qui fascine, force l'admiration, où l'on se laisse porter, sans forcément saisir, on suit un fil. Belle préface de Belaval (sur la contrainte à l’œuvre, notamment) "Telle était la difficulté que je portais tour à tour au divers étages du rêve, la remontant quand je l'avais descendue, la descendant quand je l'avais montée, et chaque fois parcourant de bout en bout mon petit domaine d'angoisse." (55)
vendredi 26 juillet 2019
Livres lus ou relus (du 19 au 25/07)
- Jean Rolin, Traverses, NIL, 1999
- Henry Miller, Entretiens de Paris, présentés par Georges Belmont, Stock, 1993
- Philippe Jaffeux, 26 tours, Plaine page, 2017
1- Jean Rolin, un nom à lire depuis un moment (échos). Lecture de train, très agréable, à la fois un côté drôle, parfois un peu facile (mais est-ce si facile?) et puis le jeu sur le profondeur de champ. Les espaces traversés, la vacuité incertaine. Un livre en déplacement. En lire un autre.
2- "Quant au photographies, si elles avaient été de Kertesz, par exemple, je ne les aurais sans doute pas regardées. Ce qui, de loin, m'a attiré, c'est ce côté mal fait par lequel une photographie d'amateur, à la différence d'une photographie de professionnel ou d'artiste, peut donner l'impression d'avoir été prise à votre intention particulière plutôt que pour l'humanité toute entière, ce côté mal fait qui rend si attrayante la consultation des albums de photos de famille, même et peut-être surtout lorsque les personnes représentées vous sont absolument étrangères et les prises de vue dépourvues de toute qualité. " (68-69)
3- Je n'ai jamais lu Henry Miller. Un livre qui ne donne pas envie de le lire: la sagesse du vieil homme, ce genre de choses (du coup, par contraste, les entretiens de Yourcenar, qui donnent un relief à l’œuvre, à sa conception).
4- Philippe Jaffeux joue avec la matérialité du livre, qui peut se voir comme un flip book: carré tournant, dans lequel s'inscrit le texte, obligeant à prendre l'objet dans une posture différente. Des énoncés brefs, qui courent sans s'occuper de la page, se déplacent du coup. Travail d'alphabet, dont il est coutumier: le signe valant aussi pour ce qu'il est en abyme. Que lis-je?
- Henry Miller, Entretiens de Paris, présentés par Georges Belmont, Stock, 1993
- Philippe Jaffeux, 26 tours, Plaine page, 2017
1- Jean Rolin, un nom à lire depuis un moment (échos). Lecture de train, très agréable, à la fois un côté drôle, parfois un peu facile (mais est-ce si facile?) et puis le jeu sur le profondeur de champ. Les espaces traversés, la vacuité incertaine. Un livre en déplacement. En lire un autre.
2- "Quant au photographies, si elles avaient été de Kertesz, par exemple, je ne les aurais sans doute pas regardées. Ce qui, de loin, m'a attiré, c'est ce côté mal fait par lequel une photographie d'amateur, à la différence d'une photographie de professionnel ou d'artiste, peut donner l'impression d'avoir été prise à votre intention particulière plutôt que pour l'humanité toute entière, ce côté mal fait qui rend si attrayante la consultation des albums de photos de famille, même et peut-être surtout lorsque les personnes représentées vous sont absolument étrangères et les prises de vue dépourvues de toute qualité. " (68-69)
3- Je n'ai jamais lu Henry Miller. Un livre qui ne donne pas envie de le lire: la sagesse du vieil homme, ce genre de choses (du coup, par contraste, les entretiens de Yourcenar, qui donnent un relief à l’œuvre, à sa conception).
4- Philippe Jaffeux joue avec la matérialité du livre, qui peut se voir comme un flip book: carré tournant, dans lequel s'inscrit le texte, obligeant à prendre l'objet dans une posture différente. Des énoncés brefs, qui courent sans s'occuper de la page, se déplacent du coup. Travail d'alphabet, dont il est coutumier: le signe valant aussi pour ce qu'il est en abyme. Que lis-je?
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