mardi 12 juin 2018

Livres lus ou relus (terminés entre le 30/3 et le 5/4)

- Kenneth White, Territoires chamaniques, Premiers temps, espaces premiers, Héros limite, 2017

1- Regroupements de textes, poèmes "chamaniques", oraux, de diverses cultures, qui donnent envie de creuser (Partition rouge, à lire un jour, ou encore Jerome Rothenberg).
2- Je note: "Aujourd'hui / est à moi / une voix / je l'ai envoyé / ce jour / est à moi" et "Les hiboux / hululaient / tout le long de la nuit / les hiboux / hululaient".

lundi 11 juin 2018

Livres lus ou relus (terminés entre le 23/3 et le 29/3)

- Paul Lafargue, Le droit à la paresse, Mille et une nuits, 1994, 2000
- Genève Chao, Emigré, Tinfish press, 2018

1- Je ne me souvenais plus du Droit à la paresse, qui tient du pamphlet autant que de l'analyse. Lecture de circonstance, à une période où le mot travail, sans cesse présent dans notre vie quotidienne ou le langage politique, managérial - pour reprendre le terme qui enchante les ressources humaines -, comme vertu cardinale, me pose problème. Et qui augure d'autres lectures. Un lecture saine, donc, dans ce contexte: "Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis des siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l'amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu'à l'épuisement des forces vitales de l'individu et de sa progéniture." (11)
2- Droit à la paresse, à la vacance, au loisir.
3- Après le manuscrit, le livre de Genève Chao: on ne lit pas un texte, dans les matérialités diverses qui le soutiennent, de la même manière. On ne relit pas un texte avec un rapport identique. Je reste encore étonné par le va-et-vient entre les langues, qui tissent un autre langage, une perte de repère, une déterritorialisation de la langue, ce qu'on y gagne aussi. Et me frappe aussi, alors que je le perçois comme livre, la notion de recueil: des pièces, enchâssées. L'adresse, la dédicace. Une autre lieu du livre.
4- Le relire plus tard.

dimanche 10 juin 2018

Livres lus ou relus (terminés entre le 16 et le 22/3)

- Robert Walser, La Rose, traduit de l'allemand par Bernard Lortholary, Gallimard, 1987

1- Continuer à lire un peu Walser, des textes brefs, souvent avec une tonalité dialogale ("Dire qu'il y a toujours quelque chose qui me préoccupe. On n'en finit jamais [...]" - 29), comme on flânerait, en observant nonchalamment les "vitrines" (42 ; "Je flânais tout bêtement" - 78), avec ce que ferait jaillir le regard, entre la perception et la rêverie, la pensée et le monde alentour, un intervalle à habiter de mots. Du coup, dans l'énumération, la liste, le croquis ("Une fois de plus, je n'ai fait qu'esquisser; en réalité, je devrais me sentir tenu d'en faire davantage. " - 43), le texte se fabrique en coq-à-l'âne, dans  une tension précise en même temps que légère ("A Berlin, j'ai vu un jour au cinéma un film pour petits enfants, qui se passait en Californie. Il y a peu, j'ai naturellement encore fait une promenade.").
2- Les différences de traducteurs - on aimerait voir de plus près, pour certains lexiques, qui reviennent et ne se retrouvent pas. Question du choix, de la lecture.
3- "Il est bien connu que, dans ce qu'on lit, on fait entrer des pensées à soi, il n'y a donc pas lieu de redouter aucun livre." (98)

mercredi 25 avril 2018

Livres lus ou relus (terminés entre le 9 et le 15/3)

- Emmanuel Hocquard, Les dernières nouvelles de l'expédition sont datées du 15 février 17.., POL/Hachette, 1979
- Emmanuel Hocquard, Raquel, Du 1er janvier, Orange Export Ltd, 1980
- Emmanuel Hocquard, Une ville ou une petite île, Lettres, POL/Hachette, 1981
- Emmanuel Hocquard, Une Journée dans le détroit, récit, POL/Hachette, 1980
- Olivier Salon, Trilogie des cimes, Histoires de larrons perchés, Transborréal, 2016

1- Relire Hocquard. Relire un livre qu'on a lu plusieurs fois et ne pas pouvoir y entrer: il résiste, il ne fonctionne pas, je le lâche. S'y remettre. Parfois la lecture rate. Le moment du livre.
2- "Quelque chose à élucider pour de bon" (13), "ainsi je      vais réunissant les fils" (127).
3- Lire un livre et le relire dans un autre livre. Ce qui change, fait dans la surface autre chose (outre la peinture de Raquel), la matérialité et ce qui en dévie sur la lecture. Le désir, dans les marges, la lisière, la limite.
4- Relier des fils, de livre à livre: imaginer des séries (formes brèves suivies de notes - les longues distances). Îlots. L'idée de reprise.
5- Le motif de la lettre.
6- "Il est le gardien des mots et de la grammaire." (14)
7- "[...] un mot, un texte, un livre seraient toujours un assemblage de lettres [...]". Matérialité et littérarité.
8- "[...] ce tissu dans l'air ne laisserait plus apercevoir que sa transparence."
9- Assembler, regarder, un angle, à reprendre, à advenir. Ou dire le plaisir que j'ai à relire Hocquard.
10- Trois récits d'alpinisme, trois moments humains, avec ce que cela comporte de tragique et de comique. Le premier récit est poignant, avec un mode de récit un peu à la Queneau, qui instaure la distance nécessaire avec la tragédie qui s'installe. Comment continuer: réédition d'EL Capitan, qui, dans son aspect exercices de style, revient à un peu de légèreté, puis la dernière course, plus intime. Un beau livre, dans ce qu'il instaure de miroitant dans l'aventure autobiographique.

mercredi 21 mars 2018

Livres lus ou relus (terminés entre le 2 et le 8/3)

- Frank Smith, Choeurs politiques, L'Attente, 2017
- Bertrand Belin, Littoral, POL, 2016
- Edward Gorey, Les Enfants fichus, traduit de l'américain par Ludovic Flamant, Attila, 2011
- Eugène Savitzkaya, Portrait de famille, Librairie Tropismes, 1992
- Edward Gorey, Le chien méfiant, traduit de l'américain par Patrick Mauriès, Le promeneur, 1996
- Paul Gadenne, Baleine, Actes sud, 1982 (2014)
- Edward Steichen, introduction de William A. Ewing, Photo poche / Actes sud, 2007
- Françoise Heilbrun, Alfred Stieglitz, Musée d'Orsay, 5 continents, 2004
- Maurice Blanchot, L'instant de ma mort, Fata Morgana, 1994
- Charles Juliet, Rencontres avec Samuel Beckett, Fata Morgana, 1986
- Robert Walser, Histoires d'images, choix de Robert Echte, traduit de l'allemand par Marion Graf, ZOE, 2006
- Robert Walser, Cendrillon, traduit de l'allemand par Roger Lewinter, Gérard Leibovici, 1990
- Robert Walser, Blanche-Neige, traduit de l'Allemand par Hans Hartje et Claude Mouchard, José Corti, 2001

1- Découverte de Frank Smith: quelque chose entre l'essai, le livre-de-poésie et le théâtre, qui joue entre les trois, dans la polyphonie, avec des mots d'ordre, paradoxaux, une politique de la parole, dans ce qui se joue, entre, les  deux (?) voix - le questionneur et le répondeur, avec leurs jeux d'inversion. "Prends place où ça parle littéralement [...]" (43) et "La puissance des questions vient toujours d'ailleurs que des réponses, alors jouis d'un libre océan qui ne se laisse pas résoudre - écrire doit être agencements dans l'écriture - , et fais naître ce qui n'existe pas encore, on en est là." [Entre temps, une lecture dans une librairie, Autour du monde, et l'intérêt qui s'aiguise - à approfondir].
2- Passer quelques jours à prendre dans une autre bibliothèque, retrouver, découvrir, petits livres, et choses dont j'avais envie. Un étrange bonheur.
3- Bertrand Belin, dont j'aime les chansons, fait un récit bref, dans le répété et la rupture, par glissements, dans les voix narratives, Histoire et histoires - lire Requin.
4- Deux abécédaires cruels d'Edward Gorey, souvent très drôles, le premier sur les prénoms et le second étrangement sur les adverbes (et la traduction de Mauriès). Des livres d'image, pince-sans-rire.
5- Deux autres livres d'images, qui s'entrecroisent dans l'itinéraire des deux photographes. De Steichen, beaucoup de photographies vues à la Villa Vauban, au Luxembourg, où l'exposition se termine bientôt. Les nuages, l'association, le mouvement. Histoire(s) de la photographie et travailler le regard. J'aime beaucoup, je m'interroge. (et en parallèle, vu aussi d'autres photographies, techniques, ressorts privés, mémoire morte, beaucoup de choses).
6- Savitzkaya un peu inattendu, presque autobiographique ("Tu as dit, je suis en Belgique, parce que ceux que tu accompagnais alors ont dit, nous sommes en Belgique [...]." (16), et cet étrange "Éloge du beurre" qui clôt le livre (22).
7- Un tout petit récit de Paul Gadenne, volontiers mystique dans son dénouement, avec des échos littéraires multiples, Melville, Baudelaire, Shakespeare ("Figurez vous que cette pourriture m'attire comme un conte de fée." - 16). Une chose précieuse.
8- Je ne connais pas bien Maurice Blanchot, j'ai oublié beaucoup, et je n'ai jamais vraiment bien connu, de fait. Flottements dans le phrasé, le récit, les pronoms, le statut de personnages - narrateur, jeune homme auteur, de la diégèse? (quelque chose d'apéritif, qui renouvelle quelque chose, peut-être, da  sma mémoire perceptive).
9- Lecture circonstanciée, ancienne du livre de Juliet (et je me souviens des rencontres avec Bram Van Velde, en photocopies - qui signe ici le frontispice), renouvelée ici (là aussi, reprendre Beckett, l'envie): "Je suis comme une taupe dans sa taupinière." (19 - Beckett, mais qui parle, en fait?)
10- Dans la traduction de Marion Graf de alser, un mot revient souvent: "ravissant" (à la fois la joliesse, et ce qui ravit - l'objet, sa disparition) Il y a quelque chose du tissage, de la broderie, derrière le prétexte de tel ou tel dont on s'éloigne qu'on reprend: le geste de coudre, de ravauder - un récit se fabrique, ou pas, dans le coq-à-l'âne. " Ce que j'ai omis de dire, d'autres pourront le dire." (15): " Il y avait là, souvent, quelque chose à boucler et à déboucler, la plupart du temps, on portait quelque chose." (62)
11- " Il arrive souvent que celui qui lit doive s'interrompre à brûle-pourpoint, vivement agité par toutes sortes de pensées en rapport avec sa lecture." (85 - une phénoménologie de la lecture, en jeu, ou de l’œil, qui se joue aussi dans le texte, son tissage, mais je vais vite - et d'ailleurs la vitesse de lecture, le lieu, ce qui s'y joue).
12- Deux "dramolets": un théâtre (mental?), autour du conte - le jeu sur le répétition (le sot dans Cendrillon, l'amour dans Blanche-Neige, entre autres - la moire, le reflet, quelque chose qui scintille dans la lecture, tire l’œil ("N'es-tu qu'un simulacre / dont le prestige m'éblouit?" - Cendrillon, 21), et la construction comme de longues pièces poétiques, par éléments brefs.. Le conte, jouenat le rôle personnage, prétexte, narrateur, en regard de ce qui est narré, rêvé (la culture commune, et ce qui s'en dégage chez Walser, la suite, continuation d'un récit, un retour, après-coup - le personnage tragique de Blanche-Neige, qui m'évoque Antigone. "ce jeu troublant" (Blanche-Neige, 83)

lundi 12 mars 2018

Lectures

A la suite des journées Anne-Marie Albiach organisées au CipM en mai 2015, Régis Lefort avait proposé aux participants de participer à un numéro de la revue Nue(e). On retrouve ainsi dans ce numéro, que je n'ai pour l'heure que consulté rapidement, les interventions de Francis Cohen, Rémi Bouthonnier, Abigail Lang et une lecture que j'ai faite de Figure vocative, le premier livre d'Albiach que j'avais lu, vers 1995. De nombreux autres articles, des brouillons, des notes indispensables regroupées par Emilio Arauxo (précédemment parues dans un numéro d'Amastra-N-Gallar, qui éclairent la lecture) et une riche iconographie. Il est disponible (en .pdf) ici, sur le site Poezibao.

Geneva Chao m'avait demandé d'écrire un blurb pour son livre, émigré, alors à paraître chez Tinfish press. Ecrite d'abord dans un anglais approximatif, elle a corrigé ma syntaxe défaillante. Deux autres blurbs en donneront aussi un avant-goût. C'est là, et le livre, à mon sens, est une expérience de lecture très singulière, recommandée.
Tinfish est une maison orientée sur la poésie du Pacifique,dirigée par Susan Schultz (auteur de plusieurs volumes de Memory cards, et d'un volume critique autour de John Ashbery, entre autres), et son catalogue est à consulter (notamment des petits livres de Bill Luoma, Lisa Asagi et Gaye Chan, Leonard Schwartz, par exemple...).

vendredi 2 mars 2018

Livres lus ou relus (terminés entre le 13/2 et le 1/3)

- Jean-Luc sarré, Poèmes costumés, suivi de Bât. B2, Le bruit du temps, 2017
- René Char, Lettera Amorosa suivi de Guirlande Terrestre, Poésie/Gallimard, 2007
- Olivier Salon / Philippe Mouchès, Carambolages, Cambourakis, 2017
- Jack London, Un survivant de la préhistoire, Nicolas Chaudin, 2004
- Olivier Salon / Philippe Mouchès, Histoire de l'art et d'en rire, Cambourakis, 2016
- Charles-Félix- Pierre Fesche, Tahiti au nom du roi, Nicolas Cahudin, 2007
- Deux histoires de champignons, traduits du japonais par Ryoko Sekiguchi et Christophe Honnoré, La Cocotte, 2011
- Dennis Lehane, Moonlight mile, Harper, 2010

1- Je n'avais jamais lu Jean-Luc Sarré , un nom mis de côté pour plus tard, un jour. C'est un peu tard. Avec une préface de Jean Roudaut. J'aime la précision ciselée de ces images, on pourrait dire d’Épinal-avec-recul (au moins pour Poèmes costumés), l'objet poème tel qu'il se présente et s'énonce, au rythme juste: "Quand revenu de courre le loup / on ne retrouve pas son carrosse, / il y a celui du cousin / qui prendra celui du cousin. / Ce sont des histoires de branches / dont la forêt ne s'étonne pas." (20). "laissant les phrases m'ouvrir les yeux" (141), je le feuillette comme un album: il faudra y revenir.
2- Je n'ai jamais réussi à vraiment lire un livre de René Char, que je ne connais presque pas (rares tentatives où je reste en surface - de vieux comptes à régler, sans doute, alors que ses œuvres en Pleïade ont été compilées par Jean Roudaut, ce qui devrait me mettre en appétit - alors questionner ma lecture, mes réticences de lecteur, comment ça s'est construit). Celui-ci fait partie de le petite série de livres en couleurs de Poésie/Gallimard, qui reprennent des éditions bibliophiliques: Braque et Arp. C'est nécessairement beau à voir (encore que le format frustre). je note, pas grand chose, et plus en écho: "Tu es plaisir, avec chaque vague séparée de ses suivantes. Enfin toutes à la fois chargent. C'est la mer qui se fonde, qui s'invente. Tu es plaisir, corail de spasmes." (26)
3 - Deux livres textes / images par Salon / Mouchès. Il s'agit de mixer deux tableaux, selon le principe du zeugme pour le second (qui est aussi le premier paru), Zeugme que l'on retrouve dans le titre et dans le texte. Les titres sont souvent irrésistibles. Les textes font rouler les calembours, approximatifs souvent, par euphonie, ce que j'aime assez. Micro-nouvelles contraintes par l'image, inégales mais à picorer (certaines sont extrêmement drôles, salon joue sur plusieurs registres comiques). La réussite de ces deux livres est ailleurs, dans ce qui casse par le rire, et le regard porté, neuf, sur les tableaux  ici mélangés: travail de l’œil, de la mémoire (ce sont des tableaux célèbres et il est souvent fait référence à François Le Lionnais, La peinture à Dora) - on redécouvre des œuvres patrimoniales, on se surprend à regarder plus précisément.
4- Amusante nouvelle de Jack London, qui évoque le dernier Mammouth. Le récit se joue du vrai, du faux, du vraisemblable, de la fiction, jusqu'à la fin, malicieuse. Un beau texte.
5- Fresch était de l'expédition de Bougainville. Il s'agit ici d'un extrait de son journal de voyage, qui retrace les souvenirs de la Nouvelle Cythère, Tahiti. Je ne comprends pas bien comment le texte a été établi (orthographiquement par exemple, et pourquoi avoir changé le titre, si titre il y avait?). Reste un texte vivace, curieux, regard exotique: "Sont-ce cela des sauvages? Non, certainement. C'est nous au contraire qui nous sommes conduits comme des barbares [...]." (79)
6- Deux histoires de champignons du XIIème siècle, anonyme, avec une postface de Ryoko Sekiguchi. C'est bref et vif et j'aime surtout la première histoire, d'empoisonnement. Se laisser aller au conte.
7- Le polar du soir, tiré d'une série avec les mêmes personnages. Le détective privé est marié et père de famille. Tradition et variation. Le récit prend, bien qu'un peu invraisemblable sur la fin. C'est aussi le portrait d'une génération, et d'un certain état des États-Unis après la crise des sub-primes. "I just notice people sometimes mistaketheir life choices for their moral ones." (142)
8- Et ceci, qui résonne avec la naissance de l'image, à propos du regard des nouveaux-nés: "Everything was unknown and unnamed. There was no "normal", no frame of reference. No language, no self awareness. Even the concept of a concept was unknown." (235)