vendredi 16 février 2018

Livres lus ou relus (terminés entre le 9 et le 15/2)

- Franck Thilliez, L'Anneau de Moebius, Le Passage, 2008
- Kim Koga, Ligature strain, Tinfish, 2011
- No'u Revilla, Say throne, Tinfish, 2011
- Berenice Abbott, texte de Hank O'Neal, Photo poche / Actes sud, 1995/2010
- Xavier Girard, L'éléphant de mon père, Ekphrasis, 2017
- Didier da Silva, Cyril, Ekphrasis, 2017
- Sébastien Smirou, Le doigt dans l'oeil, Ekphrasis, 2017
- Liliane Giraudon, Le pistolet, ekphrasis, 2017
- Olivier salon, Miguel & WilliamLes mille univers, 2017
- Christophe Mescolini, Un felo movemento, photographie et traduction en galicien d'Emilio Arauxo, Amastra-N-Gallar, 2016
- Georges Perec, Le Condottière, seuil, 2012

1- Le polar du soir, entre thriller et fantastique, qui joue sur les paradoxes, peut-être pas assez sur la fin. Comment marche un best-seller? Entrelacs des intrigues qui se disjoignent et se rejoignent (le Lancelot en prose), le rythme en accélération des chapitres, montages des séries télévisées, rapide, de plus en plus. Un tuyau, bout-à-bout.
2- Une petite cosmogonie, présence du corps, faune et flore, la montagne organique. Une affaire d'écureuils aquatiques, une boucle, rythme des mots et des espaces, blancs marqués. Objet rond, fabriqué par Kim Koga, efficace et réussi.
3- Un peu plus difficile d'entrer dans ce deuxième chapbook, qui travaille la modernité, un féminisme, et la tradition ancestrale. Les formes peut-être plus volontaires, moins condensées dans leur objet.
4- Penser le contraste, la transition, pour le lecteur que je suis.
5- Comme je découvre la photographie, je ne connais pas Berenice Abbott, en connaissant certaines photographies. La préface éclairante, un projet. Noter "Eugène Atget". Se déshabituer, voir la construction du photogramme, dont j'aimerais voir une taille plus conséquente. Touché par les portraits, particulièrement celui d'Eugène Atget, du premier coup d’œil. Interroger le regard.
6- La collection Ekphrasis, dirigée par Pierre Parlant, comme son nom l'indique, mais en différents modes, sens.
7- Eléphant-tabou, objet-mémoire. "Il suffisait d'articuler les pièces du jouet les unes aux autres sans perdre de vue le tout ensemble de même que le mouvement qui le portait et le dessin prenait forme instantanément." (17-18)
8- Didier da Silva écrit une lettre à un ami mort, portrait destiné je à tu, et le mouvement autour de l'image mentale, mouvante. Garder l'image: comment?
9- Dès les premiers mots, le texte de Sébastien Smirou prend, me prend: réfléchir à cette sensibilité mienne, ce qui fait que ça entre, fait miroiter quelque chose dans ma langue. Décrire une statue, en 3D, un cheminement geste et œil, toucher par la vue, la main , la mémoire - un cadre de projection. " C'est que la juste méthode descriptive d'un objet ou d'une image n'existe pas; le témoin d'une œuvre doit l'inventer chaque fois en s'attachant non pas à une réalité objective inimaginable après-coup, mais bien à sa propre réalité sensible, aux effets sur lui de ce qui entre, par les yeux, dans son esprit. " (16) - Ma Girafe en perspective  (12).
10- Le "pistolet" se décompose dans ces acceptions, puis se construit autour de lui un puzzle de mémoire, que le lecteur assemble par affinités de pièces, comble les manques, et se fabrique le récit, poème ou prose, de mémoire, nouvelle. On voudrait continuer et c'est juste ce qu'il faut.
11- Post-scriptum au Quichotte, l'improbable, et pourtant évidente et drôle, rencontre entre Cervantès et Shakespeare. Jeux de mots, entrain de la narration, échos aux deux œuvres à d'autre, et la nouvelle à chute. L'objet est beau, qui plus est.
12- Principe de la bibliothèque de Warburg: en cherchant autre chose dans les étagères, je retrouve ce petit livre de Christophe Mescolini. Je l'ouvre et tout de suite l'illumination - trouver les mots que l'on cherche sur l'image, justes. " ne documente - une disparition - la photographie - dans le passage à l'étude - littérale" (9)
13- Précision du texte, des énoncés, tiret arrêts reprises (comme on reprend un tissu), dans une fluidité remarquable de l’œil observant: "selon cette déclivité du voir" (9): "momifie non - ce mouvement même - poursuivi"(10)
14- Premier roman de Perec, posthume, à la préface stimulante. Deux volets en miroir, avant après (la fuite, l'évasion), et un discours brillant sur le travail de faussaire, chef d’œuvre ou clef, en trois pages, faisant pivot, du livre: 107-109.


jeudi 15 février 2018

Livres lus ou relus (terminés entre le 2 et le 8/2)

- Matthieu Raffard, La soif d'images, Petites révélations sur la lumière et la photographieTransborréal, 2009
- Eoin Colfier, Panique à la bibliothèque, traduit de l'anglais par Vanessa Rubio, illustrations de Tony Ross, Gallimard, Folio cadet, 2004
- Maël Guesdon, Voire, José Corti, 2015

1- Encore, ce mystère photographique: "comment regarder ce que l'on voit?" (16)
2- Un petit livre clair, personnel, d'expérience ("Photographier devient alors un exercice de juste position: c'est le regard que l'on pose sur les choses qu'il faut changer, l'angle d'où on les voit." - 30) et qui ouvre. Je ne connais pas les photographies de Matthieu Raffard, à part celle qui orne la couverture du livre, et je n'ai pas, pour l'instant, envie de les découvrir, au sens premier. Sans doute parce que je veux garder de ce texte les virtualités visuelles, que je n'imagine pourtant pas: quelles images peuvent jaillir de cette prose claire, fine et sensible, qui m'apporte son lot de nouvelle façons de voir avec son pendant de flous? Par exemple, "l'aptitude à identifier, au milieu de la foule des photos, l'image." (64), qui me renvoie à Hocquard et Zukofski."Lire le monde en images comme nous le faisons est une faculté acquise et non innée." (76): désapprendre et apprendre, faire jaillir, découvrir (bis), "Ce n'est pas seulement le vocabulaire graphique qui change, c'est aussi la syntaxe et la grammaire." (77)
3- Un peu épaté parla vitesse à laquelle ma fille lit, je lis aussi pour vérifier. Elle lit vite.
4- Un bref récit qui évoque le couple Dahl / Blake, volontairement semble-t-il (Dahl est cité dans le texte, avec un certain nombres de titres classiques de littérature jeunesse, et populaire - et le graphisme: plume et lavis évoque clairement Quentin Blake, mais il faudrait regarder comment travaille Tony Ross, qui fait partie de cette école là). C'est assez facile d'abord, plutôt drôle et somme toute réjouissant. Et j'ai entendu des éclats de rire.
5- Lecture ultra rapide du livre de Maël Guesdon, pour voir: un récit, une énigme. Une syntaxe simple mais discrètement désarticulée. L'anacoluthe.
6- Souvent, je commence par une lecture rapide, comme on reconnaît le terrain, à la recherche d'un trajet.

mercredi 14 février 2018

Livres lus ou relus (terminés entre le 26/1 et le 1/2)

- Sempé, Âmes  sœurs, Denoël, 1991 (Folio Gallimard, 1995)
- Marion Graf, Robert Walser, lecteur de petits romans sentimentaux, Zoé, 2015
- Marcel Cohen, Autoportrait en lecteur, Eric Pesty / Héros Limite, 2017
- Andrea Zanzotto,  Phosphènes, traduit de l'italien et du dialecte haut-trévisan (Vénétie) par Philippe Di Meo, José Corti, 2010

1- Sempé acide, voire féroce, avec de petites textes très écrits, parfois un peu abscons, souvent très drôles. Et quelques éclats de rire.
2- Marion Graf et son travail remarquable sur Walser, ici un bref essai sur ses rapports avec les romans sentimentaux (au nombre desquels ceux de George Sim (enon)!), très éclairant sur le travail de lecture et réécriture en œuvre dans son travail de micro écriture. Et trois traduction pour illustrer, textes très beaux, ciselés, parfois un peu tendres et surtout drôles et astringents.
3- De cet Autoportrait en lecteur, ne rien dévoiler sinon qu'il faut, comme le conseille Eric Pesty, absolument le commencer par le début, ce que je n'ai pas fait et je l'ai un peu regretté. Lire / écrire comme deux facettes, autoportrait miroir, avec la distance que j'avais remarquée dans Sur la scène intérieure. Gravité des faits, mais aussi des moments de drôlerie, qui mettent en perspective, encore. Créent une autre profondeur de champ, de réflexion.
4- Séduit par Zanzotto, bien que beaucoup de choses m'échappent, dans l'encodage, et les références culturelles (remettre le nez dans les Lettres à Zanzotto, de Michael Palmer, aussi). Quelque chose qui m'est foncièrement étranger, et c'est bien. Tâtonner, chercher le désaroi, perdre pied, changer de piste. Il faudra relire: "Paraboles d'éboulement en éboulement, à épisodes, / nuées de filaments, prédicats limpides / se produisent et se retrouvent à volonté / dans l'orbe déboisé par les jamais-plus / nettoyés en silices / en carbones et autres raretés" (35).
5- "saisir et dissoudre, / y compris quelques questions qui se profilent, seulement, ainsi, " (131)
6- "Jusqu'ici nous n'avons pas seulement remué la langue pour rien" (81) - si tu vois ce que je veux dire...
 

vendredi 9 février 2018

Livres lus ou relus (terminés entre le 19 et le 25/01)

- Emilio Arauxo, Chancras, Toxosoutos, 2017

1- J'aime les photographies d'Emilio Arauxo.
2- Un livre de photographies ou un livre d'objets. Des vieux souliers.
3- Des variations, on suit des souliers, comme en battant un flip-book. Les plans changent, le traitement de l'image. Objets abandonnés, reliques ou fossiles. Une autre époque. une simplicité qui nous fait miroir. On pense au tableau de Van Gogh et au texte d'Heidegger. Ou surtout à Isolina Punar. A ce qui apparaît/disparaît.
4- Détails. Le regard qui en naît, le mien.
5- Profondeur des noirs. Aplats. Reliefs.

jeudi 8 février 2018

Livres lus ou relus (terminés entre le 12 et le 18/01)

- Bashô, Haïkus et notes de voyage, traduit du japonais par Manda, Synchronique éditions, 2016
- Emmanuel Hocquard, Album d'image de la villa Harris, Hachette/POL, 1978
- Jacques Prévert, L'avènement d'hitler, le Cherche Midi, 2010
- Olivier Salon, Fugues, Bibliothèque Oulipienne, 232, 2017

1- Suivre Bashô, mieux comprendre la composition d'un livre de haïkus. cependant, quelque chose me tient à distance dans cette traduction, mais je ne parviens pas à savoir quoi. A creuser.
2- Relire tout Hocquard est une activité plutôt agréable, en prévision d'une intervention à Bordeaux, pour la "saison Hocquard". Une relecture qui apporte forcément un autre angle. Je note "creuse une pensée" (24), comme une note liminaire, presque programmatique (?).
3- Intéressante anthologie de Prévert, du côté de son engagement politique, de l'agit-prop, avec une introduction éclairante de Jean-paul Liégeois. "c'est fou ce que l'homme invente / pour abîmer l'homme / et comme tout ça se passe tranquillement" (81 - 1937).
4- Olivier salon essaie d'adapter la forme musicale de la fugue en littérature (redites, variations, croisements). Je serais curieux de voir ce que cela peut donner lors d'une lecture orale.
5- Je me rends compte que je ne note quasiment aucun des livres que je relis dans le cadre du travail.


mercredi 7 février 2018

Livres lus ou relus (terminés entre le 5 et le 11/01)

- Genève Chao, émigré, à paraître chez Tinfish press, 2018
- Olivier Salon, Le Mystère de la boîte verte, Bibliothèque oulipienne, 233, 2017
- James Salter, Un sport et un passe-temps, traduit de l'anglais (États-Unis) par Philippe Garnier, Points, 1996
- Paul Fournel, A deux voies, Bibliothèque Oulipienne, 229, 2017
- Clara Dupont-Monod, Eova Luciole, Grasset, 1998
- Donald Westlake, Ordo, traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean-patrick Manchette, Rivages noir, 1995

1- Le livre de Genève Chao, qui oscille principalement entre l'anglais et le français, mais aussi le guernesien (langue parlée à Guerenesey, et qui a des traits communs avec le gallo) et l'hawaïen, provoque, du fait de ce mixage, une drôle d'impression: on ne sait plus quelle langue on lit, on vient de lire, comme si notre langue se délocalisait. Je ne crois pas avoir senti cet effet auparavant. Il y aussi le jeu sur les expressions idiomatiques, qui se décollent, jouent le sens propre et figuré conjointement. La langue devient à la fois palpable et impalpable, un fantôme de langue.
2- Olivier Salon poursuit, dans un ton assez similaire, son enquête sur François Le Lionnais, et ici la Boîte de Duchamp et ses voyages. Comme un polar (mais je suggère de lire d'abord le livre au Nouvel Attila)
3- Lecture prenante et légère de James Salter, entre récit de voyage, d'errance, et roman à l'eau de rose ("Les reliques de l'amour: le titre d'une page dans son carnet" - 175), érotique parfois - on est happé par cet étrange narrateur, mouvant: "Je me vois comme un agent provocateur ou un agent double, d'abord d'un côté - celui du vrai - puis de l'autre, mais entre les deux, dans  les retournements de veste, les soudaines défections, on peut facilement oublier toute allégeance et ne ressentir que la joie profonde, résonante, d'être au delà de tout code, d'être complètement indépendant, criminel serait le mot." - 76.
4- Paul Fournel crée une forme intéressante, le poème se scinde puis se rejoint, provoque des effets doublés, des décalages. Mais décidément, je suis peu sensible au cyclisme.
5- Clara Dupont-Monod est associée à Guillaume Meurice et à France inter, dans mon esprit, et j'ai pris ce livre dans une boîte pour cette unique raison, pour voir. Un livre plutôt agréable, qui doit aux écrivains sud-américains qu'il mime un peu - une forme d'hommage. Un récit un peu fantastique, ou un conte, plutôt original. ("Ce fait extraordinaire prit place dans les mythes de ce qui confèrent à un lieu une aura particulière, parce que ce mythe lui offre un passé.") Aisé à lire, mais qui ne tombe pas dans la facilité.
6- Je ne connais pas les polars de Westlake. Ici, le ton d'un polar, une sorte d'enquête, entre deux temps, mené par la curiosité d'un homme qui retrouve la trace de son passé. C'est à la fois vif dans la narration et intelligent dans l'écriture, suffisamment distant.

mardi 6 février 2018

Livres lus ou relus (terminés entre le 29/12 et le 4/1)

- Marcel Cohen, Sur la scène intérieure, Faits, Gallimard, 2013
- Aharon Appenfeld, Tsili, traduit de l'Hébreu par Arlette Pierrot, Seuil, 2004
- Alain dodier, Le couteau dans l'arbre, Dupuis, 2017
- Riad Sattouf, les Cahiers d'Esther, Histoires de mes 10 ans, Allary Editions, 2016
- Jean Roudaut, Le Tigre de William Blake, Presses universitaires de la Méditerrannée, 2017
- Aldo Palazzeschi, Le doge, traduit de l'italien par Simone de Vergennes, Flammarion, 1968
- Christian Bobin, L'éloignement du monde, Lettres vives, 1993

1- Remonter le temps.
2- Retenter Christian Bobin pour voir que non, décidément, ça ne me convient pas. Présent gnomique puis comparaison ou métaphore, filée - un système. Peut-être, en poussant l'image dans ses retranchements? Mais ça stoppe avant.
3- Une belle trouvaille que ce Doge, dont j'apprends que l'auteur a influencé Italo Calvino. Un récit d'attente, acide, poussé à l'absurde, à la fois drôle et captivant. La pointe finale.
4-  Jean Roudaut sur le roman policier, à partir de Borges - la bibliothèque, toujours, le dialogue avec les livres - et une lettre-préface de Michel Butor. Il y a cette force de nous dévoiler (ou alors au lecteur naïf que je suis) quelque chose qui nous semble, dès lors, une évidence. "On retrouve ainsi la forme essentielle du roman qui ne consiste pas en la narration d'événements mais en l'affrontement d'interprétations." (un des réductions, dans les jeux de miroirs, lecteur-enquêteur, lecteur-narrateur, assassin-victime... et je rajouterais critique-auteur): "le roman policier est une image du réversible".
5- La dimension sociale, politique, éthique. Et par delà, le policier, le roman, et la fiction en général.
6- L'idée se creuse, tourne, s'approfondit. Un très beau texte (mais une mise en page beaucoup trop serrée, qui ne sert pas le livre).
7- A la fois petites images sociologiques et drôles, faussement enfantines, Les Cahiers d'Esther font un peu plus que distraire (ce qui est déjà beaucoup), mais j'ai du mal à entrer. Quelque chose me tient à distance.
8- Dodier, dans une enquête de Jérôme K. Jérôme Bloche, que je suis depuis l'adolescence: une impression de profondeur dans les vignettes, d'une plus grande densité de l'image.
9- Lecture, enfin, d'Appenfeld, quelques jours avant son décès. Roman d'errance, dans le contexte de la seconde guerre mondiale. Un monde flottant, fiévreux, presque onirique, mais d'une netteté franche. Et c'est très beau. Cela prend.
10- Faits: quête de souvenirs, d'objets, d'information, une enquête en remontant le temps, par portraits, images posées en face de soi, avec le distance que suppose ce sous-titre. Une scène intérieure: avec encore, ce que la suppose, non pas comme retrait, mais comme regard. Il est un peu compliqué d'expliquer comment cela touche profond, et c'est sûrement lié à ce dispositif.
11- On lira, avec bénéfice, ce texte très juste de Marcel Cohen, sur Remue.net.